"La zoothérapie est une médiation qui s'exerce en individuel ou en petit groupe à l'aide d'un animal familier, consciencieusement sélectionné et éduqué, sous la responsabilité d'un professionnel, appelé " le zoothérapeute " dans l'environnement immédiat de personnes chez qui l'on cherche à éveiller des réactions visant à maintenir ou à améliorer son potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif"

 

« La présence d'un animal permet de limiter le sentiment de déracinement, d'avoir une présence rassurante et ainsi renforcer la qualité de vie des résidents »

  « Les animaux en EHPAD sont facteur de renforcement des liens sociaux, et ce encore plus auprès de résidents atteints de déficiences psychiques. Ils permettent également de contribuer grandement à ce que ces lieux collectifs soient plus proche de la réalité du domicile. »

 

 

Les Activités Associant l’Animal dans les structures d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes

 

 

  1. Introduction

Un bon nombre de personnes éprouvent spontanément de la sympathie envers les animaux. La relation de l’animal avec l’être humain est radicalement différente de celle entre êtres humains. L'animal contrairement à l'homme instaure une relation qui n'est pas ambivalente ainsi avec l'animal nous ne sommes pas obligés de constamment négocier la relation. Le rapport de l’humain à l’animal n'implique pas les difficultés que l'on rencontre entre les humains avec les contresens, les ambivalences et toutes les formes de la subjectivité. L'animal ne dissimule pas, ne simule pas non plus ni ne ment. Il existe chez l’animal une acceptation inconditionnelle. Cette relation animal-humain est stable et constante dans le temps, non mouvante, elle est alors rassurante, soutenante. Les animaux facilitent la communication et contribuent à sécuriser l’environnement durant les activités où ils sont associés.

L'animal nous permet d'exprimer notre affection, il permet de développer les interactions sociales, il contribue à un sentiment d'acceptation inconditionnelle, il permet d'augmenter l'estime de soi. On observe que leur présence est un important facteur de réduction du stress, un soutien moral pour surmonter un moment difficile ainsi qu'un moyen de sortir de l'isolement et de communiquer ses émotions. L’animal est aussi une source de distraction, de motivation pour l'apprentissage. Il permet une stimulation des fonctions cognitives et sensorielles, ainsi que des habiletés perceptivomotrices et enfin il offre un contexte normalisant en thérapie ; l’animal humanise la thérapie.

Le pouvoir thérapeutique de l'animal découle du fait que la relation humain-animal contribue à augmenter l'estime de soi et à combler une part de nos besoins psychologiques et émotionnels comme par exemple le besoin de se sentir aimé inconditionnellement, de se sentir utile, d'avoir un lien avec la nature. Le simple contact avec l'animal ou même de le regarder a un effet apaisant et réconfortant.

  1. Historique

Dès la fin du 18ème siècle, William TUK, un philanthrope anglais, incite les patients de l’institution pour malades mentaux dans lequel il exerce à prendre soin des animaux de l’établissement, ce qui a pour fonction de leur redonner confiance en eux et de les encourager à adopter des attitudes plus contrôlées. Depuis cette époque, de nombreuses expériences assez similaires sont mises en place avec d’autres animaux tels que les chevaux, les chiens, les chats.

Le père des AAA-T est le psychologue pour enfants Boris LEVINSON qui, grâce à son propre chien, a permis une nette amélioration de la santé d’un jeune autiste et a développé cette pratique qu’il a nommée « psychothérapie pour enfants facilitée par l’animal ».

Les études spécifiques des AAA-T auprès des personnes âgées démentes sont réalisées à partir des années 80 et très vite l’intérêt de ces soins apparait clairement.

 

 3.Définition

 

On parle maintenant d’Activités Associant l’Animal (AAA) qui se répartissent selon leur but. Ainsi, il existe des buts à orientation éducative ( AAA-E), à orientation sociale ( AAA-S), à orientation thérapeutique ( AAA-T) et à orientation de recherche ( AAA-R). Le terme de zoothérapie est ambivalent car il peut être entendu comme thérapie des animaux, aussi il est de moins en moins employé. Les objectifs des AAA sont de motiver, d'éduquer de soigner ou de divertir les personnes. Elles peuvent avoir un effet bénéfique sur la santé même si elles n'ont pas de visées spécifiquement thérapeutiques. Ces activités peuvent être pratiquées en groupe ou en individuel et nécessitent que l’animal soit sélectionné et entrainé et que l’animateur ou le thérapeute soit formé à ces techniques d’Activités Associant l’Animal. Dans la maladie d’Alzheimer ou les maladies apparentées, ces AAA sont utilisées le plus souvent dans les établissements d’hébergement pour personne âgée (EHPAD) sous la forme d’Activité.

 

L’AAA-T se définit non pas comme une méthode mais comme un contexte d'intervention spécifique et à ce titre elle est complémentaire des autres interventions. La présence de l'animal permet de proposer des activités spécifiques qui ont pour but d'améliorer la santé. Améliorer la santé c'est avoir un effet sur la santé dans son sens global tel que la qualifie l'OMS; santé physique, psychique et sociale.

 

C'est une thérapie à médiation, c'est à dire que l'animal est le média. L'être humain a la faculté de s'abandonner au niveau de ses réactions face à un animal, même si un autre être humain l'observe.

 

L’Activité Assistée par l’Animal à visée Thérapeutique offre un travail sur soi qui développe la confiance en soi, la conscientisation et, par conséquent, la responsabilisation des pensées qui génèrent les actes. Elle développe le contact avec la réalité, ce qui permet d'avoir des objectifs réalistes enfin elle travaille la gestion de la frustration. L’animal permet aussi de réduire l’anxiété et la dépression.

L'animal va susciter des comportements sociaux tel que se faire obéir, être tenu en laisse si c'est un chien, être gardé quelques minutes ou plus. L'animal invite à l'action en toute sincérité. Il permet de restaurer des capacités enfouies.

Tous ces effets positifs sur les malades vont permettent de réduire les traitements médicamenteux antidépresseurs, anxiolytiques et neuroleptiques.

 

4- Objectifs généraux des AAA

 

4.1- Qualité de vie et bien-être

 

Il a été démontré que les effets bénéfiques de la présence d'un animal sont clairement prouvés par exemple sur les fonctions physiologiques corporelles avec maintien d'une bonne forme physique, ou par exemple sur le système cardiovasculaire avec réduction de la pression artérielle, ou sur les fonctions cérébrales avec amélioration des capacités de concentration ou sur le psychisme avec réduction de l’anxiété et la dépression.

 

4.2– Soins cognitifs et thymiques chez les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et maladies apparentées

 

Dans la maladie d’Alzheimer ou les maladies apparentées, il survient une altération des capacités intellectuelle, c'est à dire mémoire, jugement, orientation et langage, une perte des habiletés à exécuter des activités de la vie courante et une désorganisation de la personnalité. Alors on retrouve une symptomatologie comportementale en rapport avec la détérioration intellectuelle et corporelle. Le malade subit une perte d'estime de soi, un sentiment d'inutilité de dévalorisation pouvant aller jusqu'à la dépression, le repli sur soi, le refus de communiquer. Mais aussi, des comportements dysfonctionnels apparaissent aux différents stades d'évolution de la maladie : trouble du jugement, modifications de la relation à l’autre, agitation, agressivité, repli sur soi, refus de communiquer troubles alimentaires.

En raison de l'acception inconditionnelle de la part de l'animal, la communication est facilitée et l'ambiance créé par l'animal contribue à sécuriser l'environnement durant les séances et ainsi augmente l'estime de soi. L'animal augmente les comportements sociaux appropriés, comme par exemple les sourires les regards et les rires. L'animal stimule la réminiscence d'expériences passées et a un effet apaisant il neutralise les comportements d’angoisse.

Les AAA-T ont pour objectifs l'adaptation au milieu, la stimulation des fonctions cognitives supérieures, la stimulation sensorielle et le bon fonctionnement corporel (membres supérieurs en particulier). Il a été démontré que les AAA-T diminuent l’irritabilité, elles permettent également de compenser les pertes sensorielles des personnes atteintes de démence.

L'animal va générer des actions qui s'inscrivent dans un répertoire de gestes acquis de longue date, tel brosser, nourrir ou caresser, gestes qui demeurent accessibles à des stades avancés de la maladie. L'animal pourra être l'objet du contrôle de certain, c'est une tendance foncièrement humaine. Donner des ordres satisfera cette tendance.

L'éveil des sens se fait par le regard, mais aussi par le toucher, l'animal est touché et le malade aussi, autant physiquement qu'affectivement. Les touchés réalisés avec l'animal ne sont pas du même ordre que ceux plus techniques du nursing ou des soins médicaux.

Les souvenirs modulés par la mémoire affective seront plus longtemps préservés puisque significatifs pour la personne et l'animal réactive cette mémoire. Les expériences passées avec des animaux seront alors remémorées et rejouées favorisant une revalorisation, un sentiment d'identité retrouvé.

 

Avec l'animal la communication non verbale est prépondérante, les personnes atteintes de démences seront alors plus à l'aise dans un langage corporel pour exprimer leurs émotions. Ces malades conservent la capacité de capter les signes non verbaux et restent sensibles à l'atmosphère et à la façon d'être de l'interlocuteur. L'animal va rompre l'isolement et la privation sensorielle des patients. Le contact chaleureux de l'animal contre son corps, son acceptation et son affection favorise un sentiment d'assurance chez la personne confrontée à différentes pertes.

La présence de l'animal va aussi créer un climat thérapeutique qui allège le stress ressenti par les soignants.

En ce qui concerne les chiens, c'est d'ailleurs statistiquement le meilleur assistant des AAA-T, on note qu'ils sont en permanence en quête du regard des humains. Le regard est une fonction interactive, celui du chien brisera donc l'isolement dans lequel se trouvent certaines personnes seules, qu'on ne regarde plus. De plus ce regard du chien n'est pas jugeant, un chien entrainé à être assistant en TAA ou en AAA sera bienveillant et empreint de douceur. Il ne renverra pas le malade à ses difficultés d'exister. Le regard du chien permettra donc au patient de retrouver un sentiment d'identité. Le contact visuel prémisse à la relation déclenchera l'engagement du corps ; les bras s'ouvrent, le corps se penche, il s'anime et s'éveille. Le chien montre de l'attention, le malade se sent alors digne d'intérêt, considéré.

L'animal en suscitant des réactions corporelles ou des paroles initie les relations sociales lorsque la TAA est pratiqué en groupe. Il est un catalyseur du lien social. Non seulement pour communiquer mais aussi pour créer une solidarité entre les différents membres du groupe.

 

5. Mise en œuvre

 

5.1- Par qui ?

 

Le thérapeute en TAA est un soignant formé à l'utilisation de l'animal comme média dans la thérapie

L'intervenant en AAA est lui aussi formé à cette pratique. Le thérapeute doit pouvoir adapter son animal au public qu'il rencontre.

Les animaux auront dû être obligatoirement éduqués à être sociables et fort attirés par les humains.

 

5.2- Comment?

 

Le patient est actif dans le processus thérapeutique. Un ou plusieurs objectifs sont établis pour chaque patient. Une évaluation des effets thérapeutiques est nécessaire.

 

Un programme de soins ou d'intervention structuré avec un animal ou en présence d'un animal doit être établi. L'animal a un effet catalyseur qui peut contribuer à modifier le comportement de l'individu et servir d'instrument de projection. Par exemple il se peut qu'une personne qui perçoit de la tristesse ou de la colère dans le regard de l'animal projette en réalité son propre sentiment intérieur sur celui-ci.

 

L'anthropomorphisme : toutes les projections du patient sur l'animal sont relevées pour faciliter l'expression du vécu. La relation de confiance avec le thérapeute se fait par procuration. C'est à dire que le premier interlocuteur du patient est l'animal et que le thérapeute est assimilé à l'animal. Il se voit donc attribuer des qualités de l'animal.

L'animal donne une réponse comportementale immédiate à son interlocuteur (le patient). Le thérapeute assisté de l'animal doit reconnaître l'impact relationnel entre l'animal et le patient afin de travailler les objectifs nécessaires à la création d'un changement intrapsychique de la personne. Il s'effectue un apprivoisement respectif et tant le patient que l'animal trouvent des compromis d'attitudes. L'animal étant muet il ne peut ni contredire ni contester.

  1. Les oppositions aux AAA

Problème d'hygiène dans des institutions ou c'est de plus en plus souvent mis en avant.

Qui s'occupe de l'animal lorsqu'il est en permanence dans l'institution.

Quel budget pour cet animal ou pour les TAA ? Qui est le maitre de l'animal car il doit en avoir un pour l’entretien, les rencontres avec le vétérinaire, l’alimentation et les soins divers.

  1. Conclusion

La TAA favorise le contact avec la réalité, permet de capter plus facilement l'attention du patient et facilite un climat de confiance.

 

Docteur Antoine EGU

Gérontologue

Hôpital Gourmelen - Quimper